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Thèses récemment soutenues

publié le , mis à jour le

Rola CHIDIAC
La moyenne montagne autour de Beyrouth (Liban) : territoire(s) « hérité(s) » au défi de la mondialisation ?
Les localités de la moyenne montagne du Mont-Liban sont souvent présentées comme des bastions des communautés religieuses et des chefs politiques. Cet espace subit, cependant, depuis plus de quatre décennies, de profondes transformations suite à différents processus comme la villégiature, les déplacements de populations durant la guerre, ainsi que la périurbanisation et les investissements des ressortissants du Golfe et des émigrés. Au-delà du mythe de la montagne, refuge des minorités persécutées en Orient, cette thèse vise à interroger ce terrain sur l’évolution des territoires hérités, construits par des générations précédentes d’acteurs, dans un processus de mondialisation et de métropolisation. La place des communautés religieuses et des zaïm-s libanais dans l’échiquier politique national ou régional reste prédominante dans les logiques d’urbanisation des différentes régions libanaises. Cependant, l’évolution des différentes parties de la moyenne montagne autour de Beyrouth reste liée aux contraintes physiques et économiques (altitude, accessibilité, ressources…) plutôt qu’aux spécificités « héritées ». Les autorités qui s’imposent dans les localités de la moyenne montagne, en revendiquant un pouvoir basé sur le passé, sont elles-mêmes obligées de enouveler leurs stratégies et alliances pour relever les défis de la mondialisation et des logiques de compétitivité économique.
Le 23 octobre 2015

Judicaëlle DIETRICH
Une géographie de la pauvreté à Jakarta (Indonésie) : espaces de la pauvreté et places des pauvres dans une métropole contemporaine
Fondée sur une démarche de terrain qualitative, cette thèse propose une analyse géographique de la pauvreté urbaine dans une des plus grandes villes du monde. La métropole de Jakarta, agglomération de plus de vingt millions d’habitants, s’affirme comme ville vitrine de la croissance économique de l’Indonésie et comme point relais de la mondialisation, où la pauvreté n’aurait, en somme, plus lieu d’être. Pourtant, en augmentant les situations de vulnérabilité de certaines populations, les dynamiques urbaines en œuvre contribuent à la mise sous tension de l’espace urbain.
L’entrée par le concept de pauvreté en géographie permet de saisir la diversité des positions sociales et spatiales qui se conjuguent, se concurrencent et se négocient dans cet espace urbain, au gré des rapports de force en œuvre. Au-delà de la pauvreté en tant qu’état, il s’agit de prendre en compte les parcours individuels et collectifs liés au phénomène, en les insérant dans les trajectoires des lieux – depuis l’échelle du quartier à celle de l’aire métropolitaine. Plus que les seuls enjeux de définition, ce travail examine le rôle des représentations et des intérêts des groupes stratégiques dans la production de politiques urbaines profondément ancrées dans les idéologies dominantes, le néolibéralisme urbain notamment. Enfin, l’analyse croisée de plusieurs types d’espaces de la pauvreté à Jakarta et à Bekasi montre les disparités en termes d’appropriations et de pratiques de l’espace urbain. Ainsi, au-delà d’une dualisation de la société urbaine d’une métropole contemporaine, cette thèse pointe la segmentation des intérêts à agir des citadins considérés comme pauvres, selon leurs sentiments de légitimité et leurs modalités d’appartenance à la ville, ancrant alors la réflexion géographique dans un questionnement politique.
Le 13 novembre 2015 à 14h à la Maison de la Recherche en salle D 223

Flaminia PADDEU
De la crise urbaine à la réappropriation du territoire : Mobilisations civiques pour la justice environnementale et alimentaire dans les quartiers défavorisés de Detroit et du Bronx à New York
Aux États-Unis, les villes connaissent une situation de crise urbaine qui se manifeste par l’existence de quartiers centraux détériorés, concentrant les minorités pauvres. Les quartiers de Jefferson-Mack à Detroit et Hunts Point dans le South Bronx à New York en sont des archétypes. Ils sont pourtant animés, depuis deux décennies, par d’importantes mobilisations civiques, qui se focalisent sur des questions environnementales et alimentaires. Le but de ce travail est d’évaluer le potentiel d’initiatives environnementales et alimentaires à améliorer les conditions de vie des habitants des inner cities. La première partie, en mobilisant un corpus d’études urbaines sur le déclin urbain et les shrinking cities, ainsi que de géographie urbaine et sociale, présente ces quartiers et leurs maux comme les produits d’une crise urbaine structurelle. Nous mettons en évidence que les habitants y subissent une « crise urbaine de l’habiter », dans laquelle les nuisances et les pollutions, ainsi que le manque d’accessibilité aux ressources environnementales et alimentaires, sont déterminants pour comprendre l’essor des mobilisations. La deuxième partie explique le rôle des mobilisations civiques environnementales et alimentaires dans ces quartiers. En nous appuyant sur les corpus de la justice environnementale et de la justice alimentaire, nous démontrons que l’hybridation des questions environnementales, alimentaires, sociales et spatiales a permis une reconfiguration des catalyseurs de l’action collective. La troisième partie analyse les enjeux de la réappropriation du territoire effectuée par les militants, à partir du corpus des commons studies. À travers le cas de l’agriculture urbaine et d’autres pratiques, rendues possibles par la réutilisation d’espaces vacants, nous montrons que la réappropriation collective du territoire procure de multiples bénéfices. Loin d’être cantonnée aux domaines environnementaux et alimentaires, elle permet d’améliorer partiellement – mais non sans heurts – les conditions de l’habiter.
Lundi 7 décembre à 14h, salle J636 - 3e étage , escalier G, en Sorbonne - 1, rue Victor Cousin 75005 Paris.

Cha PRIEUR
Penser les lieux queers : entre domination, violence et bienveillance : étude à la lumière des cas parisiens et montréalais
Cette thèse s’inscrit dans le champ de la géographie des sexualités et contribue plus précisément au champ des géographies queers. Elle étudie la manière dont sont pensés les lieux queers en commençant par les définir, explorant la manière dont ils s’organisent de manière rhizomatique. Les personnes queers créent des lieux à travers des constellations de personnes qui se regroupent autour d’un rapport spécifique au genre et à la sexualité ainsi qu’autour d’un discours politique queer. Après avoir fait l’archéologie de ces milieux, une étude sera menée sur la violence que vivent les personnes queers dans l’espace public jusque dans les espaces privés. La violence systémique est décrite par l’analyse des rapports de domination et des normes. Les violences intracommunautaires sont ensuite étudiées. L’auteur.e propose finalement une critique des espaces queers sécurisés (safe space) pour proposer une autre conception des lieux par la construction d’espaces bienveillants. La méthodologie de la thèse est fondée sur l’observation participante, l’auto-ethnographie ainsi qu’un questionnaire et des entretiens venant compléter les sources. Un accent a été mis sur la réflexivité de la recherche, notamment sur le travail émotionnel que doit faire le chercheur.e face à ce type de terrain.
Le 11 décembre 2015 à 14h à la Maison de la Recherche en salle D 035

Michaël BRUCKERT
Une géographie de la viande au Tamil Nadu (Inde) : statuts, espaces et circulations
L’augmentation présumée de la consommation de viande en Inde, pays parfois décrit comme étant principalement végétarien, nourrit de nombreuses spéculations. Cette thèse vise à étudier les recompositions du statut de la viande en Inde, notamment dans l’Etat du Tamil Nadu, en accordant une attention particulière à la dimension spatiale de cet aliment. En Inde, la viande reste marginale : sa consommation est régulée par des logiques religieuses, morales, médicales ou économiques. Ses réseaux d’approvisionnement sont structurés par des contraintes écologiques et techniques mais aussi sociales et symboliques. Les abattoirs sont des lieux de conflit sur les usages et les significations des produits carnés. La visibilité des boucheries dans l’espace public est fortement contrôlée. Ainsi, la viande, notamment celle de boeuf, devient un aliment politique, support de revendications identitaires. Mais l’urbanisation, l’industrialisation et la connexion à l’espace-Monde modifient progressivement le rapport des Indiens à la viande. La massification des circuits carnés ne peut être niée. Les exportations de viande de buffle s’envolent. Au restaurant, la consommation de viande, notamment de poulet produit de façon intensive, devient pour la classe moyenne de Chennai une pratique statutaire. Pour autant, la transition alimentaire parfois prophétisée apparaît être une hypothèse erronée. La banalisation de la viande, circonscrite dans l’espace, va de pair avec une extrême différenciation des pratiques, en fonction des types de viandes, des individus, des contextes. En Inde, le rapport à la viande, véritable « substance biomorale », contribue à dessiner des géographies matérielles et idéelles, façonnant des territoires et des circuits, définissant des distances réelles ou symboliques entre les hommes et les animaux ou entre les groupes sociaux.
Le 11 décembre 2015 à 14h en salle 007 à l’EHESS, 105 Boulevard Raspail, Paris.